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Quand on court et qu’on part habiter a New York, on s’assure de se voir poser 1000 fois la question « tu vas courir le marathon ? ». Mais voila, le marathon de New York est en novembre alors que bien sur je suis outre atlantique de decembre a juin, et meme si –quand meme- je me suis inscrite au tirage au sort, les dossards sont rares… Bref, qu’a cela ne tienne, la cote est est riche en magnifique villes a courir, et il y a quelques mois déjà que j’avais porte mon choix sur Washington.

4h de bus m’amenent vendredi apres midi en plein cœur de « DC », et je prends le metro pour aller vers « DC armory », ou se fait le retrait des dossards. Le batiment appartient a l’armee donc on a le droit a la fouille complete a l’entree, mais a l’interieur, l’environnement habituel : les stands de sport, courses et autres organisations qu’on aime tant a visiter, avec les coureurs d’un peu partout. L’organisation est americaine, comprendre : ultra efficace. En 3mn j’ai retire mon dossard et change mon numero de sas (je me suis inscrite en objectif 4h15, apres un marathon de Paris en 4h20 en 2011, mais, confiante de mon entrainement, vais viser plus haut).

Dimanche matin, temps magnifique, temperature clemente… Je vais prendre un metro plein a craquer de coureurs. Le depart est commun au semi, qui compte l’ecrasante majorite des participants, et au marathon. Dans le sas, ceux qui s’elancent pour 42km – pardon 26.2 miles- se reconnaissent avec leurs dossards bleus et echangent des regards entendus.

Le depart, apres l’hymne americain habituel
Il est donne a 8h pile, je franchis la ligne quelques minutes a peine apres le coup de feu. La premiere moitie de la course (le trajet du semi donc) est en pleine ville, on tourne autour du Capitole en point de repere, on longe la maison blanche, on profite des encouragements de la ville sur la place animee de Dupont Circle, on comprend quand on en avale le dénivelé pourquoi on parle du « Capitol Hill » (colline du Capitole). Le temps superbe, la floraison des cerisiers, qui est arrivee tres tot cette annee et pour laquelle les touristes se pressent chaque annee dans les rues de la ville que nous courrons, rendent la course superbe. Je fais les deux premiers miles trop rapidement, mon chrono est formel (a moins que je ne pense finir en 3h30…), donc me freine un peu, et me retrouve bientôt a la hauteur des meneurs d’allures de 3h40. A ce moment la résonne dans mes oreilles la derniere conversation avec le coach du Nanterre Athletic Club (NAC) qui, malgre les kilometres, a suivi de pres ma preparation, et m’a repondu la veille alors que j’expliquais que mon objectif était de passer sous les 4h qu’il savait que j’etais capable de mieux, et qu’il me fallait viser entre 3h40 et 3h50. Objectif totalement irrealiste mais je me repeterai un bon millier de fois dans la suite de la course « s’il a dit que c’était bon, tu peux le faire », et decide de m’accrocher a ce petit groupe autour des 3-4 meneurs d’allure. Les miles filent, accompagnes d’un petit soupir decourage quand nous passons sous le panneau « half to the left, full to the right » et que tous les coureurs du semi marathon tournent a gauche vers leur ligne d’arrivee quand les rangs clairsemes des marathoniens continuent pour la deuxieme partie sur la droite.

On se tape dans la main au passage du semi avec la meneuse d’allure que je ne lache plus d’une semelle, elle me garantit que la 2eme partie, sur les bords du fleuve Potomac, n’a plus de denivele. Le paysage, moins citadin, est un peu moins joli, ou peut etre est-ce que je commence a vraiment souffrir, mais je m’accroche, les miles et les gels d’effort defilent, et je tiens toujours. Quand je dis, vers le 19eme mile, a un des meneurs que j’ai fait mon dernier marathon a 4h20, il m’assure « you’re gonna crash that » ! Un coureur devant moi a un T-shirt avec marque au dos « pain is the weakness going out of your body » (la douleur, c’est la faiblesse qui sort de votre corps). Je pense au T-shirt du NAC que je porte, au statut facebook triomphant que je vais poster sitot arrivee… On s’accroche aux motivations qu’on peut… d’autant plus que le soleil commence a trop taper et les jambes a trop tirer.

3 miles avant la fin, les meneurs d’allure me lachent
Je n’avance plus que dans la douleur, mais je sais déjà que je suis en train de faire une belle course et je m’interdis de ralentir. Un dernier pont et je vois le stade de l’arrivee, je m’offre meme le luxe d’un mini sprint et termine en 3h41 et 22secondes, une performance que je n’aurais jamais pense atteindre. Oui, vraiment j’adore Washington !

A peine la ligne passee, un bagel (obligatoire…) avale, la medaille autour du cou, j’envoie mon temps a ceux, ici et en europe, dont les pensees m’ont portee dans la course. Illico le coach Abdel, le gourou devrais-je dire, passe un petit coup de fil. Je ne sais pas s’il se rend compte a quel point je dois cette perf au NAC et a son coaching.

Plus tard, apres une apres midi passee, sans repit, en visites et balades dans la ville, et apres etre sortie jusqu’à 3h du matin (apres tout c’est la Saint Patrick), les jambes lourdes mais dopee par le plaisir pris a la course, je me poserai la question qui me confirme que je suis atteinte de la grave pathologie psychologique du coureur accro aux endorphines… alors, a quand le prochain ?

Stéphanie Woringer