Laure : « Magic marathon ! »

Publié: 20 avril 2011 dans Récits
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Veille du marathon, il n’est pas 8 heures. Je me dirige en musique vers le stade Suzanne Lenglen, tout en  fleurs et odeurs exhalées par le soleil. 20 minutes à douce allure. Je croise à deux reprises les Kenyans ou Ethiopiens, peut-être parmi eux le vainqueur du lendemain ?? Elancés dans leur survêtement, ils marchent simplement… Ils ont dû courir avant.

La journée passe vite et lentement… Je reçois plein de sms d’amis et de ma famille. Le dernier que je découvre le soir « Dis-toi bien qu’en être  là est déjà une belle victoire ». Il suffit de peu, il suffit de quelques mots de celui qui m’a redonné goût au footing après des années d’arrêt. ♫Je sais qu’c’est lui, je sais qu’c’est lui.♫

Une nuit blanche m’attend. Aube blanche à mon réveil à 6 heures. Une douche pour me sortir de ma torpeur.  J’enfile mes ailes dans le dos et mes chaussures à ressort. J’avale péniblement  une navette marseillaise avec une tasse de thé et me badigeonne de crèmes : cocktail improbable : l’une pour chauffer, les autres pour ne pas chauffer (solaire, anti-frottements…).

7 heures, la fraîcheur est de mise. Dans le métro, seuls les coureurs disséminés occupent les sièges. Je relis un texto, ça me galvanise.

8h, Boutique Nike : Guy et Sébastien R sont là, d’une douceur rassurante. Jean-Pierre est là aussi. La photo est prise.  Seb tout bronzé,  une main sur sa selle nous donne de précieuses indications, que je grave dans mon cerveau survolté.

Je quitte à regret Hodha, Cécile, Sandrine et Delphine souriantes. Cécile et Sandrine me laissent entre les mains de Pascal. Elles lui lancent avant qu’il ne se dirige avec moi dans mon Sas de 3h 30 (hi hihi !), « Suis la gazelle… la gazelle sauvage », ah j’aimerais bien… Merci les filles.

Même entre les coureurs, je tremble de froid ou de stress ? Pascal m’indique sa stratégie pendant les discours interminables des officiels et de Monsieur Loyal. Negative split. J’ai la même idée, pas trop vite au départ, pour accélérer dans la deuxième partie, hum…

Ca y est on avance, on marche, on trotte, on court, on vole sur l’avenue des Champs Elysées. La magie opère, on rencontre déjà les premières personnes  sur les côtés. Je suis seule en passant devant mon cher jardin des Tuileries. Mais on ne l’est pas, je ne le suis pas.  Musique à fond entre les oreilles, ombre et lumière dorée (oui j’ai mes lunettes de soleil, mais ce sont des lunettes de vue…) pour horizon.

Pas trop vite, pas trop vite. C’est magique, il fait beau, pas de douleur, je profite de chaque seconde.

1er ravitaillement, éviter à tout prix les peaux de bananes, ou ceux qui ne veulent pas s’arrêter et qui vous bousculent parce que vous êtes sur leur chemin… Faire attention ensuite aux bouteilles qui volent à hauteur de visage, ou qui viennent ricocher contre les pieds.

Le soleil me brûle les ailes (heureusement qu’elles sont blanches ! …). Les prochaines bouteilles d’eau serviront désormais à me rafraîchir, je les vide sur mes cheveux mon dos, mes chaussures sont trempées.

2ème point  « épongement », je me précipite dans ces brumes de perles d’eau traversées par des arcs-en ciels irisés.  Je vais parfois directement à la source, Je me laisse arroser, c’est violent, mais bon !

10 kms, 15kms, je n’ai pas de douleur.  Devant le château de Vincennes, je sprinte. Messieurs -Dames du public, ça fait tellement de bien quand vous nous supportez, vous nous portez en criant nos noms, j’essaie de vous remercier quand je peux, ….

A un moment, j’entends une sirène de pompier, mais qu’est-ce qu’il se passe ? On voit une ambulance devant nous se rapprocher à contre-courant, les coureurs s’écartent sur le côté pour la laisser passer….

Km 25, un pompier me hurle « allez Laure, ce n’est pas le moment de flancher, on va jusqu’au bout ». Bien sûr, Allez, allez. Chaque encouragement me fait frissonner…

Je pénètre dans un tunnel sombre, idéalement je devrais ôter mes lunettes noires dans cette pénombre angoissante.  Je ne le fais pas. Je veux regagner le bord, mais là…Vol plané, je  trébuche, je m’écrase, la suie du bitume tatoue ma main et mon genou, d’où le sang coule. C’est fini là ? Comme ça dans le noir ? A peine à la moitié du parcours ? Un coureur m’aide à me relever,  je le remercie d’un sourire et lui dis de continuer sa course. Je me dis en me relevant, en marchant, en reprenant la course, c’est un petit miracle, j’arrive à repartir, mon iPod fonctionne, rien de cassé tout va bien. Mal à la main au genou mais qu’importe…Ca ne m’empêche pas de courir et de me re-concentrer. J’essaie de comprendre, croche- patte involontaire, manque de visibilité. ???

Km 27.30/ Là, je panique, je rentre dans une zone inconnue, je ne suis jamais allée au-delà de cette distance ; Vais-je y arriver ? Indulgente, je me rassure en changeant mon fusil d’épaule, en me disant, oublie ton p…. d’objectif à 3h45, l’objectif c’est d’arriver.

Je fouille la foule du regard. Personne que je connaisse.

Des femmes enceintes, une aveugle,  des enfants qui distribuent des chocolats et… des caresses, de leurs petites mains tendues, des sourires, une Japonaise qui brandit deux petits drapeaux et que je retrouve 20 kms après l’avoir aperçue aux Tuileries ( !)…

Je remercie les groupes de danseurs et les orchestres.

« Allez allez c’est formidable ce que vous faites » crie une quinquagénaire.  Messieurs dames, que je ne connais pas, merci d’être là.

Km 30, je ne vois pas Monique.

Aux ravitaillements, les compétiteurs sont moins excités, tous s’arrêtent maintenant….

KM31 Pont de l’Alma. Et là, et là, parmi les spectateurs, en tee shirt rouge et orange, j’aperçois Guy et Jean-Pierre, ils ne savent pas à quel point ça m’a fait du bien de les voir. J’aurai tant aimé que l’un d’eux m’accompagne, juste un petit bout. Mais je continue.

Km33, pas de Nolwenn, je scrute partout. Ambiance powerade. Je remplis ma gourde de liquide bleu bienvenu. Par contre les semelles accrochent sur le bitume.

Km36,  je me dévisse le visage à force de chercher Seb à vélo, je suis maudite sur ce coup, je ne le vois pas. Merde.

Mais quelle idée aussi de m’être habillée tout en noir. Pour passer inaperçue, il n’y a pas mieux.

Quoi ?? Que vois-je là ?  L’oriflamme du meneur d’allure,… de…. 3h 45, eh je ne suis pas loin de mon objectif ! Il passe, me dépasse avec beaucoup de coureurs agglutinés contre ses semelles.  Et là mes jambes, si elles ne me font pas mal, sont très lourdes, je ne peux plus courir à l’allure que je souhaite. Mais je cours.

Je ne cherche plus personne, les kilomètres s’égrènent, je dois finir maintenant.

Km38, je revois un autre meneur d’allure de 3h 45… mais il me dépasse. Des coureurs marchent.

Km 40. Là je réalise, les 4 heures ne sont pas passées, je suis près du but. Je pense à mes deux petits garçons, j’aurais tant voulu les voir eux aussi. Mes yeux s’embuent, je sens les larmes, je m’étouffe. Allez, allez !

Les gens hurlent, plus que 500 mètres.

Où sont-ils ces p…..de  gros boudins de la porte d’arrivée ??? J’essaie d’accélérer.  Si si j’y arrive…. sur les 50 derniers mètres.  Monsieur Loyal annonce, « ça y est le neuf millième coureur est passé. »

Je l’ai fait, j’y suis arrivée en 3h47.  Je fonds en larmes. Je suis transie de froid.

♫Un jour j’irai à New York avec… .♫

Merci à tous !!!!!!!!!!!

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commentaires
  1. giao dit :

    Hourra pour la Championne ! Laure quelle santé !!!

  2. Running Guy dit :

    Je suis triste de ne pas avoir couru quelques instants avec toi 😦
    Promi juré, si ces conditions de course se représentent je t’accompagnerais !!!

  3. quadra94 dit :

    Que d’émotion. Le marathon est magique pour tout ce qu’il provoque autour, l’aboutissement de tant de semaines. Bravo Laure

  4. alessandro dit :

    Quelle perf’ et, aussi, quel beau récit !

  5. cécile dit :

    Ma belle , ton récit est très émouvant…..je ne savais pas que tu était tombé ?! Tu peux etre fière de toi , en tout cas moi je le suis ! Une belle course malgré la chute , un beau chrono , un grand BRAVO .

  6. Sandrine dit :

    Voila il est 7h10 a LA , je suis encore dans mon lit et les yeux pleins de larmes !!! Très beau texte , très belle histoire …et tellement de courage !!!bravoooo laure tu es vraiment notre gazelle !

  7. laure dit :

    Merci à toutes et à tous !……. C’est grâce à vous là que je me suis lancée dans cette aventure, gagnée par votre enthousiasme il y a quelques mois !….

  8. Quelle preuve de persévérance ! Bravo.

  9. giao dit :

    « Belle perf, bravo, tu une gazelle, super aventure » et blablabla et bliblibli …
    MAIS, vous ne vous rendez pas compte de qui on a vraiment en face de nous ?!?

    Laure avec ton temps de 3h47′ au marathon tu es à 2′ de faire les minima pour te qualifier aux Championnats de France !!!

    http://www.athle.com/asp.net/main.html/html.aspx?htmlid=97

    WAOUHHHHHHHHHH QUELLE CHAMPIONNE !

  10. Hodha dit :

    Laure tu cours comme une ballerine avec Grace et légèreté … Tu es allée au bout de cette aventure avec une très belle performance, BRAVO !!!

    • laure dit :

      Merci Hodha, je suis ravie d’avoir participé à ce challenge avec vous, votre enthousiasme et détermination m’ont terriblement aidée. Merci !

  11. sandrunning dit :

    Bravo Laure ! Je n’avais pas lu ton récit, je viens de le découvrir. Ton témoignage est fort, on sent ton émotion à travers tes mots. Magnifique aventure !!! Et un grand bravo pour ton excellent chrono ! 3h47, c’est tout simplement génial !

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