Cet article inaugure une thématique sur le Kenya, avec des portraits et des témoignages de coureurs partis à Iten. Nous apportons un éclairage sur les méthodes d’entrainement « rustique » mais terriblement efficace. À suivre chaque semaine sur Run, reporter, run…

Je rentre d’un voyage au Kenya qui m’a baladé de la vallé du Rift au rive de l’océan Indien, et je rentre bredouille. Je n’ai pas vu un seul Kenyan !

Pardon, déformation marathonienne, pas vu un seul coureur de haut niveau. Je pensais que la-bas l’athlétisme était une institution, voire une religion… que nenni, en 10 jours que ce soit dans la capitale Nairobie ou je suis passé deux fois ou sur les hauteurs en direction de Masai Mara pas un coureur même de « bas » niveau.

Mais alors, ou sont les légendes ? Celles qui racontent que les enfants vont chaque matin à l’école en courant distante de plusieurs kilomètres. J’ai vu beaucoup d’enfants en uniforme sur le bord de la route, mais tous marchaient tranquillement. Même dans les villages les plus reculés.

En fait il y a une concentration sur les « highlands »  et plus précisément à Iten qui est la capitale Kenyanne des camps d’entrainements. Devenir un athlète, participer à des compétitions nationales ou internationales : c’est le rêve de beaucoup d’enfants. A Iten, au Kenya, des centaines d’athlètes viennent s’entraîner. Au risque de bousculer parfois le quotidien des habitants.

Alors essayons de comprendre pourquoi cette domination sans partage des coureurs kenyans. Cela s’explique par des raisons culturelles, climatiques et physiologiques. Éléments de réponse en sept points.

1. Une enfance à galoper
Dans cette région du monde, où les moyens de locomotion ne courent pas les rues, se déplacer à pied est le système le plus utilisé. Ainsi, dès leur plus jeune âge, les enfants scolarisés s’élancent tôt le matin de leur village pour s’en aller rejoindre leur école. À défaut de bus ou autre ramassage scolaire. Parfois chaussés, souvent pieds nus, ils peuvent parcourir jusqu’à 20 km par jour, pour atteindre une moyenne hebdomadaire de 150 km. Dans ces conditions, ces gamins des hauts plateaux développent dès leur enfance des capacités d’endurance et emmagasinent un volume foncier comme nul autre bambin au monde.

2. Des dizaines de camps
La réussite des coureurs kenyans et éthiopiens repose essentiellement sur l’existence de camps d’entraînement, privés, financés par les stars africaines elles-mêmes, montés par les équipementiers (Fila, Puma, Nike, Adidas) ou contrôlés par l’État. Dans ces camps,  » tu cours, tu manges, tu dors, tu cours, tu manges, tu dors, tu cours… « , résume Benoît Zwierchiewski, co-recordman du marathon qui a passé six semaines de stage au Kenya en 2001. Le coach irlandais Colm O’Connell fut le premier à implanter une structure au Kenya dédiée à la course à pied, dès 1976. Aujourd’hui, on en dénombre, par exemple, des dizaines au Kenya. Certains sont d’une extrême rusticité, avec réfectoire en terre battue. D’autres sont à la pointe de la modernité, comme le Great Rift Valley Sports Services Ltd, doté d’un sauna, de deux salles de musculation et de fitness, d’un cabinet de physiothérapie et d’une buvette. « Dans le camp où j’étais, à Katagat, se souvient Benoît Z, il y avait le strict minimum. Un confort limité, un simple filet d’eau dans la douche. Mais t’es pas là pour passer des vacances. » Comme lui, des athlètes venus de toute l’Europe, mais aussi d’Afrique et d’Amérique, viennent désormais passer quelques semaines de stage dans ces camps d’entraînements pour s’aguerrir.

3. Une prépa commando
 » Jamais un Européen ne pourrait endurer à l’année ce que supportent les Africains.  » Cette réalité, assenée par le docteur Rosa, en charge de l’entraînement de nombreux coureurs kényans, est parfois violente à supporter.  » J’avais l’impression d’être en compétition tous les jours, poursuit Benoît Z. Tous les trainings étaient menés tambour battant par une quarantaine de coureurs de très haut niveau qui couraient chaque jour à allure de compétition.  » Avec parfois jusqu’à trois entraînements par jour (6 h, 10 h, 16 h), les Africains ne négligent rien. Ni la quantité ni la dureté de l’effort, on l’aura compris, mais pas non plus la qualité, puisqu’ils s’astreignent à un énorme travail spécifique et technique axé sur la coordination, le passage de barrières ou des exercices d’équilibre.

4. Une saine émulation

Malgré l’intensité, l’intox et les coudes à coudes de l’entraînement, tous les coureurs vivent et cohabitent en parfaite intelligence.  » Le sport, ce n’est pas la guerre, explique Moses Tanui, ancien double champion du monde sur piste. Courir signifie partager. Alors, quand les jambes te brûlent et que la douleur finit par te rattraper, ce sont les autres qui te poussent et qui t’aident à dépasser tes propres limites.  » C’est donc l’esprit libéré de tout conflit d’intérêt que les coureurs africains se livrent sans ménagement. «  Il y a pas de jalousie, confirme Benoît Z. L’ambiance est extraordinairement saine car tous sont là pour faire le boulot et aller à la mine. Courir est un vrai métier là-bas.  »

5. Pour fuir la misère

Facile, universelle et ne demandant pas d’équipement coûteux, la course à pied est devenue le principal moyen pour les habitants de s’extraire de la misère. « Ils ne cherchent pas la gloire, souligne Jos Hermens, agent de Gebreselassie, qui a ouvert deux camps d’entraînement au Kenya. Courir, c’est seulement le moyen d’être riche et de s’en sortir. » En cas de succès dans une grande course internationale, c’est le jackpot assuré, puisqu’une victoire à un marathon de prestige permet d’empocher, d’un coup, l’équivalent de vingt ans de salaire moyen !

6. Un cadre idéal
Tous les camps d’entraînements sont situés sur la région dite des hauts plateaux, perchée entre 1 600 et 2 200 mètres. À cette altitude, la concentration de globules rouges est naturellement plus élevée qu’au niveau de la mer. Le sang est mieux oxygéné, ce qui équivaut à un  » dopage  » naturel. Dans ce contexte, les athlètes africains se sentent comme dans un fauteuil lorsqu’ils s’alignent sur des compétitions qui se déroulent en plaine. Ils utilisent bien mieux l’oxygène et peuvent davantage maîtriser une vitesse qu’ils ont eu du mal à tenir dans l’air appauvri de leur fief. « S’entraîner au Kenya, c’est dur, raconte l’athlète Gambien Ansu Sowe. Mais si on travaille dur, après, c’est plus facile de courir à une altitude moins élevée. »

7. Un truc en plus
C’est certainement le point le plus contesté, mais une étude suédoise, menée il y a trois ans, tend à prouver que les coureurs africains de la Rift Valley possèdent un avantage essentiel pour le fond et le demi-fond : ils ont les mollets fins ! Ces scientifiques nordiques ont en effet constaté que cette particularité permet d’économiser de l’énergie et de maintenir une vitesse donnée plus longtemps. D’autres études ont démontré que ces coureurs au poids léger et aux longs segments (en particulier les jambes) avaient un physique taillé pour la course à pied. Mais là encore, pas de certitude à 100%, même s’il est évident qu’un poids lourd râblé ira toujours moins vite qu’un poids plume effilé.

Les 7 points sont issus d’un article de Gérald Mathieu paru le 03/04/2009 sur le site http://www.sportweek.fr

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