Kenya : sur la piste de Marathon Man

Publié: 1 juillet 2011 dans Récits
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Dans l’espoir de devenir un athlète de haut niveau, Francis Coral-Mellom, un Canadien de 19 ans, a rejoint le berceau de l’athlétisme africain à Iten, à l’ouest du Kenya. Reportage publié dans VSD n°1608 (du 17 juin au 24 juin 2008) Les hauts plateaux du Kenya offrent un panorama extraordinaire, mais c’est aussi le berceau de très nombreux athlètes de haut niveau. Issus de la tribu kalenjin, le plus souvent, ils sont taillés pour la course à pied. Mais… un jeune Canadien a tout abandonné pour se mêler à eux.             

Sa présence sur la ligne de départ attire l’attention. Francis Coral-Mellon est le seul Blanc parmi la dizaine de coureurs africains réunis pour le cross-country d’Eldoret, une petite ville située à 300 kilomètres au nord-ouest de Nairobi (Kenya). Malgré sa détermination et plusieurs mois d’entraînement, le Canadien est loin d’être au niveau des jeunes talents de l’athlétisme kényan. Soutenu par les encouragements des quelques spectateurs présents, il franchit néanmoins la ligne d’arrivée « à la kényane », en réalisant le dernier kilomètre pieds nus.

9 kilomètres par jour pour aller travailler

Pour ce jeune homme de 19 ans, c’est juste un pas de plus vers son objectif : devenir un athlète de haut niveau. « Mon rêve est de battre un jour le record canadien du marathon. Il a été établi il y a trente et un ans par Jerome Drayton, en 2 heures 10 minutes et 9 secondes. Et depuis, personne n’a réussi à faire mieux. Je suis persuadé que, avec un entraînement sérieux, c’est à ma portée. Et bien sûr, j’espère un jour pouvoir participer aux jeux Olympiques. Peut-être même en 2012, à Londres. C’est ma ville natale et ce serait fabuleux pour moi d’y revenir en tant qu’athlète…

Dès l’adolescence, Francis, encouragé par son père, un coureur cycliste professionnel, se passionne pour la course à pied, et participe à des compétitions locales de cross-country. À 18 ans, il s’inscrit à l’université, en première année de sciences humaines et de cinésiologie, une discipline qui étudie la motricité, utilisée notamment dans le sport. Pour financer ses études, Francis travaille dans un magasin de chaussures. Entre les cours et son job, à part les 9 kilomètres quotidiens parcourus pour se rendre à son travail, le temps lui manque pour s’entraîner.

C’est en surfant le soir sur des blogs consacrés à l’athlétisme qu’il entend parler du centre d’entraînement d’altitude d’Iten, et des centaines de coureurs qui y travaillent tout au long de l’année. Une chance, sa mère, chef de projet dans l’humanitaire, connaît bien le Kenya et ne désapprouve pas l’idée qui germe dans la tête de son fils. La réputation des coureurs kényans, qui dominent les compétitions internationales, finit de convaincre le marathonien en herbe. Après quelques e-mails échangés avec des athlètes, il décide de partir en quête de performances.

“On travaille en groupe, on progresse plus vite”

À 2 400 mètres d’altitude, en pleine campagne africaine, Francis réalise vite les sacrifices qu’il devra consentir pour donner vie à ses ambitions. «J’ai beaucoup souffert, au début. Je n’avais pas la condition physique suffisante pour m’entraîner tous les jours à cette altitude. C’était très fatigant. Mais l’énorme avantage, ici, c’est que l’on travaille en groupe. Les Kényans ne courent jamais seuls, ce n’est pas dans leur culture. Les Occidentaux devraient apprendre à faire de même. On progresse plus vite en groupe, et on trouve plus de motivation. »

L’entraînement quotidien est un véritable sacerdoce, il s’accompagne d’un mode de vie des plus simples, mais qui convient parfaitement à Francis : « J’apprends énormément de choses sur la technique, mais aussi sur la manière de bien se nourrir et, surtout, de se reposer. Les Kényans savent très bien le faire. Ils peuvent dormir jusqu’à quatorze heures par jour et, du coup, ils sont très performants pendant l’entraînement. Je ne me suis jamais senti aussi bien dans ma vie qu’ici, en courant. »

L’effort finit par payer. Quatre mois après son arrivée, Francis a sérieusement progressé. Et le regard des autres coureurs a changé. « Les athlètes kényans m’ont accepté. Au début, pendant les entraînements, ils m’ont testé pour juger mes limites. J’ai beaucoup souffert, mais j’ai persévéré et, il y a environ un mois, ils ont accéléré la cadence et j’ai tenu le rythme. À la fin de la séance, ils sont venus me féliciter. Ça m’a vraiment donné du courage pour continuer. »

Francis se sent de plus en plus confiant. Si certains de ses amis lui ont avoué ne pas comprendre sa décision, sa mère le soutient sans retenue. « Elle pense que le mode de vie que j’ai ici en Afrique est très sain, sans confort, loin du matérialisme. Selon elle, c’est comme ça qu’on apprend les valeurs essentielles de la vie. » Quand il ne s’entraîne pas sur les pistes, Francis réalise des re-portages à l’aide d’un Caméscope. Il veut devenir journaliste sportif après avoir accompli sa carrière de coureur. Ses vidéos sont également pour lui une manière de mieux connaître les athlètes qu’il côtoie chaque jour. Le frère O’Connell est une de ses sources d’information. Ce franciscain est depuis plus de trente ans entraîneur de jeunes talents dans la ville d’Iten.

Le Canadien rentrera bientôt dans son pays pour participer à la prochaine saison de courses de fond. « J’espère pouvoir courir le semi-marathon en moins d’une heure et dix minutes. Si j’en suis capable, je pense pouvoir décrocher un sponsor, même modeste. » Selon ses calculs, il peut vivre à Iten avec 1000 dollars par an. Jusqu’à atteindre son objectif final, les jeux Olympiques de 2016. À cette date, après dix années d’entraînement intensif sur les hauteurs kényanes, Francis aura 29 ans, un âge auquel les marathoniens commencent à atteindre leur plein potentiel.

Article de Damien Guerchois, photos de Rafaël Sourt / Gamma : http://www.vsd.fr/contenu-editorial/photo-story/l-oeil-de-vsd/89-kenya-sur-la-piste-de-marathon-man
commentaires
  1. Je lui souhaite bien d’atteindre ses rêves. Que de sacrifices il doit faire ! Il n’y a pas de programme au Canada pour le développement de l’élite. Ce n’est qu’une fois rendu élite que les programmes t’aident.

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