Victoire de Jean-Philippe aux 24 heures du Quai du Cher

Publié: 28 octobre 2011 dans Récits
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Retour sur l’exploit de Jean-Philippe Brunon lors des 24h du Quai du Cher. S’agissant de sa première tentative sur le double tour d’horloge, il ne se donne pas d’objectif précis, si ce n’est d’avancer durant ces 24 heures. Franchir la barre symbolique des 200km serait pour lui, un acte très fort. Un récit à l’image du personnage, tout en précision et humilité. Chaque rencontre avec Jean-Philippe est un enrichissement.

Avant la course
Je briefe J2J mon « suiveur » sur l’utilisation des doses préparées (80 doses d’Effinov Hydraminov menthe et 40 doses d’Hydraminov soupe de 14 grammes chacune) et du mesurage de la quantité d’eau grâce à un verre doseur gradué. Nous apprenons que la longueur précise d’un tour est de 1 031 mètres (au lieu des 1 000 mètres pile annoncés), ce qui ne change pas vraiment la donne au niveau hydratation ou énergétique, mais il faut réajuster les temps de passage : 12’ 20” au lieu de 12’ 00” pour 2 tours, soit environ 6′ pile pour les tours intégralement courus, et 6’ 20” pour les tours avec ravitaillement.

Nous sommes un peu plus de 60 à vivre cette aventure temporelle, dont beaucoup d’habitués des circuits, même s’il n’y a pas de « grosse pointure ». Pour moi, c’est un peu comme un premier rendez-vous : un mélange d’excitation et d’appréhension, mais globalement je reste « zen ». Pas le temps de tergiverser, il est 11 heures et le coup de feu retentit, c’est parti pour un double tour d’horloge…

Départ de la course
Ça part très vite, quasiment la moitié du peloton est devant moi, je ne m’affole pas, je suis pile dans mon allure de course : 10,3 km/h. Je profite de ces premiers tours pour prendre mes marques et étudier le circuit. Des concurrents et concurrentes commencent à me prendre un tour bien avant la fin de la première heure, je reste concentré sur mon allure, ce qui est important en début de course. Je sais que la grande majorité d’entre-eux sont partis bien trop vite pour leur niveau.

Depuis le début ma fréquence cardiaque est assez élevée et monte régulièrement pour dépasser les 70 % FCM (65 % à l’entraînement). J’ai maintenant franchi la distance du marathon (passé en 4H13), et je commence à être totalement « en équilibre » : Plus aucun tiraillement musculaire, sensation d’extrême facilité comme en promenade, maîtrise du rythme à quelques secondes près.

La mi-course
Je  poursuis sur ce rythme, jusqu’à la mi-course sans m’occuper du classement, juste en m’appliquant à courir relâché et à bien m’économiser pour arriver le plus frais possible aux 12 heures. La fin d’après-midi approche, toujours aucune fatigue ni douleur en vue, et aucune lassitude mentale : c’est assez normal car je suis en terrain connu pour le moment.

La température commence à baisser, ce qui enfin met un terme à ma dérive cardiaque inquiétante. L’envie de salé arrive, et je commande de la soupe tiède (Hydraminov goût légumes) qui est excellente, et j’alterne avec de la menthe/Saint-Yorre car je n’ai que 40 doses de soupes, et je dois les économiser.

Je dois passer les 100 km très peu après 21 heures, « plus que » 100 autres en presque 14 h et je suis encore en pleine forme ! Je pointe même en 3e position vraiment sans le chercher, la nuit est maintenant installée et va durer longtemps…

Depuis un bon moment, j’ai des envies de bière fraîche, je sens qu’il ne va pas être possible d’attendre le lendemain 11 h pour y goûter (j’avais amené des bières bio légères pour l’arrivée), je décide d’attendre la mi-course pour passer ma commande, je me sens un peu comme un marin qui franchit l’équateur pour la première fois… Le tour suivant n’est qu’attente du breuvage houblonné qui apparaît enfin dans son gobelet transparent… J’ai rarement bu une bière aussi délicieuse, et je déguste les 18 cl jusqu’à la dernière goutte sur les 75 mètres en marchant tranquillement.

Je totalise environ 118,5 km en 12 heures, soit un peu plus que les 117 escomptés initialement, mais surtout je suis encore en pleine forme, sans douleur ni gêne d’aucune sorte et toujours sans baisse d’allure. Je suis même 2e, et dans le même tour que la première.

De la 12e à la 18e heure
Cette 13e heure me voit prendre la tête de course, je dépasse également mon maximum de kilomètres (127,2 aux 12 h des Yvelines) juste un peu avant les 13h de course. Il est alors minuit, et je me demande quand le gros coup bambou va arriver, si je vais pouvoir éviter de faire « une Gouzy », si la machine va se dérégler au niveau digestif, si je vais avoir froid, si une tendinite va apparaître,…

J’avais initialement prévu de commencer à marcher tous les tours, mais comme ça va, je continue sur mon rythme de 75 mètres de marche tous les 2 tours. Je marche juste un peu moins vite, idem dans la côte. Je ne sais pas jusqu’à quand ça va tenir, je suis toujours dans un rythme « facile », même si je n’ai plus besoin de me freiner maintenant.

Côté course ça tourne toujours plutôt bien, je commence à découper mentalement le circuit en deux :

1. Courir jusqu’au pied de la côte (je perçois désormais cette bosse comme une « récompense » car je peux y marcher et non pas comme une difficulté).

2. Courir jusqu’au ravitaillement

Cela va durer jusqu’aux 3/4 de la course, je passe commande d’une 3e bière pour le passage des 18 heures (vers 5 h 15 du matin).

De la 9e à la 21ème heure
Je ne sais pas exactement quand ni comment c’est arrivé, mais une énorme fatigue me tombe dessus assez brutalement, en quelques minutes j’ai une très forte envie de dormir. Il ne me reste plus de lucidité.

À chaque fois que j’ai un semblant de dialogue, je dis « je suis cuit », pourtant je continue à trottiner, même si c’est à moins de 9 km/h. Les arrêts pipis sont prétexte à fermer les yeux.

J’ai bien pensé à commander du café pour me rebooster, mais étant bien au niveau de l’estomac, je n’ai pas osé prendre le risque de détraquer quelque chose, je préfère prendre mon mal en patience pour voir où ça va mener.

Coté physique tout va toujours bien : pas de douleurs musculaires ni de tendon qui couine, pas de soucis de baisse d’énergie ou de digestion. mais à chaque fois que je passe dans le coin le plus sombre du parcours, je n’ai qu’une envie : m’allonger sur le bas-côté pour dormir.

Je passe les 200 km peu avant les 21 heures de course (20 h 54), je ne sais plus qui me dit que je suis « double cent bornard », mais cela ne me fait absolument aucun effet à ce moment-là bien que même dans mes projections les plus optimistes je ne pensais pas franchir cette barre si tôt, mais ce qui me préoccupe c’est plutôt qu’il reste encore 3 heures de course qui risquent d’être très longues… !

Le jour s’est levé, ça commence à aller mieux, et je sais maintenant que sauf incident j’irai au bout.

De la 22e à la 24ème heure
Ma vitesse commence à augmenter, certes pas de façon spectaculaire, mais je n’ai plus l’impression de me traîner comme une loque. Apparemment, c’est une renaissance assez générale, tous ceux qui peuvent encore courir accélèrent un peu. Je commence même à envisager la victoire, même au cas où il faudrait que je marche beaucoup car j’ai suffisamment d’avance. Il commence à pleuvoir sérieusement, heureusement que ces 24 heures touchent à leur fin…

J’accélère tout de même un peu pendant la dernière 1/2 heure et je retrouve plus ou moins ma vitesse de course initiale, même si ça n’est pas dans la facilité cette fois !

Nous entendons un premier coup de pistolet quand nous passons vers la côte, la dernière ligne droite sera parcourue à près de 11,5 km/h, l’attente du second coup qui signale la fin de la course une minute plus tard se fait attendre, et finit par retentir, je m’arrête net, J2J pose la marque à mes pieds. C’est fini, mais je ne réalise pas trop que je viens de courir pendant 24 heures et que je suis circadien ! Résultat, 227,645 km.

Après la course
Je m’assois, heureux, bien fatigué mais pas tout à fait exténué. Je ne m’alimente pas, pas envie, je bois juste un peu de Saint-Yorre.

Je n’ai pas encore pris suffisamment de recul par rapport à ce premier 24 heures, mais une chose est sûre, c’est que ça ne sera pas le dernier. Je pense être capable d’améliorer un peu cette marque tout en y prenant autant de plaisir. Je vais aussi aller voir du côté des courses en ligne non-stop, avec sans doute l’Ultrabalaton en Juin 2012 pour commencer, avec en ligne de mire le Spartathlon 2013.

Ce 24 heures était une étape importante et la manière, plus encore que le résultat, me donne confiance pour la suite car je n’ai jamais douté : je sais désormais que je suis capable de terminer une course comme le Spartathlon, même si le format de course est totalement différent.

Le blog de Jean-Philippe : http://jp75018.blogspot.com/
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commentaires
  1. Une belle étape en route pour le Spartathlon. Excellent reportage JP, bien détaillé et félicitation pour cette victoire.

  2. amarlault dit :

    Un Grand Bravo Jean Philippe ! Merci encore pour tous tes conseils de course. Pour ta performance je suis bluffé, bravo pour ce superbe article ! Bon courage pour la préparation du Spartathlon et Merci de nous faire découvrir un autre penchant de la course a pied encore réservée à un petit nombre de coureurs.

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