Le marathon : une épreuve mythique ou mystique ?

Publié: 9 avril 2014 dans Récits
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La solitude du coureur de fond

Pour certains la distance est un obstacle, pour d’autres c’est la vitesse. Pour la deuxième année je tentai d’approcher la barrière des 3h, mais une fois de plus celle-ci fut trop haute pour moi !

Résultat, un abandon au 34e km la mort dans l’âme, mais pour le salut de mon corps. Je reviendrai plus fort et effacerai cet échec…

Comment j’en suis arrivé là ?
Tout commence en janvier avec comme l’an dernier une aide extérieure. Je suis licencié dans un club d’athlétisme (Nanterre Athletic Club) mais décide de confier ma préparation marathon à Jean de Latour coach chevronné au sein de la structure Xrun. Nous avons fait connaissance à une Pasta Running Party de la Runnosphère.

La « prépa » est simple mais très méthodique, basée sur les variations cardiaques. Des footings en endurance fondamentale à vitesse de tortue et fractionnés à allure de lièvres… pour résumer grossièrement. J’adore son approche et sa gentillesse, il est toujours à l’écoute des athlètes quel que soit le niveau.

La pression monte
J’ai vécu la même histoire l’an passé avec Anne Valéro, une préparation parfaite sans blessure et une course hasardeuse. Mais alors que ce passe t’il ? Pourquoi ne pas conclure ce que je réussis si bien à l’entraînement ?

La faute à la pression, mais quelle pression ? Celle que je me mets tout seul et qui me paralyse le jour de la course. La peur de mal faire, la peur de décevoir. Cette peur est multipliée depuis que je suis devenu un « personnage public » avec le blog. J’imagine que les lecteurs attendent des « résultats » qui soient à la hauteur de mes écrits. J’imagine que mon entraîneur attend un retour sur investissement. J’imagine que ma famille attend le retour du champion. Bref, j’imagine beaucoup de choses de la part des autres et me laisse submerger par ces émotions toxiques. Mon ressentie, ma confiance sont étouffés par cette imagination débordante.

Jour de marathon
Cela fait deux mois que j’attends ce jour, pourtant, sur la ligne de départ, je n’y crois pas. Je sais que je ne ferai pas moins de 3 heures. J’avais revu mon objectif à la baisse en me contentant d’améliorer mon record de 3h 06’. J’imagine en passant mes temps de passage de 4’ 15’’ au kilo à 4’ 25’’ qu’il va falloir me freiner tout le long. Pourtant je constate en passant au semi en 1h 33’ que je suis légèrement en retard et surtout que ce n’est pas si facile. Je n’arriverai jamais à accélérer sur le deuxième semi ?

Le doute s’installe
À partir du semi, je n’y crois plus. Je sais que j’aurai du mal à battre mon record. Je sais que je n’arriverai pas à accélérer sur les kilomètres qui arrivent. Je sais que le plus dur reste à venir. Tout cela tourne dans ma tête, je n’ai que des pensées négatives. Je réalise que depuis le départ, je n’ai aucun plaisir ! C’est assez grave, ce sport représente un loisir, une distraction, pas une contrainte et encore moins une souffrance.

Rolland Garros, un petit tour et puis s’en va…
Dépassé la piscine Molitor, je n’ai plus envie, je marche un peu pour voir. Pour voir quoi, je ne sais pas… Comme si c’était une mauvaise blague et que mon corps dans un sursaut d’orgueil allait se mettre à repartir de plus belle. Le sursaut n’arrivera pas. Je fais le tour de Rolland Garros est décide d’arrêter là cette lutte, ce monologue.

La culpabilité
Je dois affronter le regard des spectateurs, alors rapidement j’enlève mon dossard. Le plus dur reste à venir, que vais-je dire à mon entraîneur, à mes amis, à ma famille ? Comment leur annoncer que je ne suis pas blessé, que je n’ai pas de douleur particulière et que j’arrête ?

L’annonce de la défaite
Mon annonce est franche et sans compromis, je leur parle de démotivation et déconcentration. Il n’y a pas de jugement, mais de la compassion. Pas de reproche, mais des encouragements. La plupart me disent que j’ai bien fait d’arrêter pour ne pas risquer la blessure ou le dégoût.

Lundi en lisant les centaines de messages de soutien sur Facebook, je suis soulagé. Que représente ce soulagement ? Les « gens » m’aiment toujours, les « gens » me pardonnent ? Alors intervient cette question cruciale pour la suite, arriverai-je un jour à courir pour moi ? Arriverais-je un jour à prendre du plaisir, sans chercher à battre des records ? La réponse, je l’espère, rapidement…

commentaires
  1. freerunner dit :

    salut Jean Pierre
    comme tu l’as très bien compris tu dois courir pour toi…j’ai connu et je viens de connaître la non atteinte de mon objectif pourtant parfaitement préparé …physiquement tu as les 3h dans les jambes mais il faut partir avec la conviction que c’est possible.
    que ce soit dans l’apprentissage ou dans les récits de nos courses, les difficultés et la manière dont on les gère sont plus intéressantes que nos réussites euphoriques:) bravo pour ton texte

  2. Très joli témoignage. Le marathon est d’abord une aventure humaine, intérieure. Bien-sûr l’entourage supporte les heures d’entrainement, l’attention au repos; l’alimentation, l’obsession de la préparation. Mais sur la ligne de départ, le marathonien est seul sur ses deux jambes, même entouré de milliers de coureurs. L’engagement personnel est maximal, forcément excessif, surtout pour celui qui cherche à repousser ses limites. Jalonner le parcours de pensées positives se prépare à l’entrainement. J’aime projet des images mentales de fin de course lors de séances longues. Ça m’a beaucoup aidé à améliorer mes performances. Bravo encore d’avoir tenté l’aventure, d’avoir déjà couru en 3h06, et d’avoir acquis une nouvelle expérience qui te permettra d’aborder ton prochain marathon plus sereinement🙂.

  3. Anne-Marie dit :

    JP, tu le sais, je fais partie de tes « fans ». J’ai moi aussi couru pour les autres, j’étais à la chasse aux podiums, aux récompenses… J’en ai eu mare (je n’ai pas tenu un an et pourtant les perfs étaient là)…
    Aujourd’hui, un an après l’arrêt de la compétition je reprends, pour MOI. Pour mon plaisir et aussi un peu pour la fierté de mes parents… Mais je me lève à 6H un dimanche pour une course, pour moi. Et je peste quand il y a trop de coureurs dans le peloton car MOI je ne peux pas profiter de la course…
    Voilà JP une tranche de vie, j’espère que tu rebondiras vite, je suis avec toi !
    Go, fight, WIN !

  4. KlipKlop\Denis dit :

    Hello JP, joli compte rendu…tu connais mon avis sur le sujet suite à notre discussion🙂 Aussi juste pour te dire qu’il est vrai en tout cas que de ce mettre trop de pression pour je ne sais quelles raisons est dingue….J’ai connu ça quand nous avons fait le Ventoux ensemble….Je m’étais tellement fait et refait la montée, que le jour J, j’étais mort !!!!
    Bref, tout ça pour dire, plaisir avant tout…..et le reste viendra naturellement…Keep enjoy.

  5. Claire dit :

    Très émouvant ce récit …moi aussi j’ai abandonné l’an dernier, au km 32 du marathon de Stockholm, sans blessure, sans douleur inquiétante, je ne me l’explique toujours pas très bien, j’ai pris le métro seule, avec ma tenue de coureuse mouchetée de boue, le dossard froissé, honteuse. Départ trop rapide et manque de concentration, je ne voulais pas courir 42 km ce jour là. Cette année, je suis revenue avec beaucoup de stress pour Paris, à peine remise d’une blessure et pas assez entrainée. J’ai beaucoup réfléchi sur l’allure cible, révisant mes objectifs à la baisse durant les derniers jours qui ont précédé la course, être prudente, éviter le mur et arriver en bonne forme.
    Et … au château de Vincennes, j’ai su que j’allais aller au bout, j’ai profité de l’ambiance comme jamais, j’ai pris du plaisir, je n’ai presque pas regardé ma montre, je me souviens du parcours et des animations, des autres coureurs. Mon corps m’a fichu une paix royale (aidé par un peu d’Ibuprofen, j’avoue …), les derniers km ont été magiques, et je ne suis pas arrivée dans les choux, j’ai fait un temps honorable pour moi et ça m’a semblé complètement secondaire par rapport à ce que je venais de vivre. Le marathon est une distance particulière, je crois que je vais garder les objectifs de chrono pour les autres distances, sur 42 km, le plaisir doit primer et avec un minimum de concentration et si la préparation a été bien suivie, la performance doit venir toute seule, naturellement, c’est la leçon que je retiens. Tu verras, cette expérience va te servir, ne parle pas de défaite ou d’échec, autour de moi, dans mon club, chez les ultra-trailers que je côtoie, je ne connais personne qui n’ait connu ça au moins une fois. Courage, bonne récup, bonne reprise et bientôt : des perfs et des médailles !! Tu vas revenir, plus fort et plus serein.

  6. DaJo dit :

    Belle analyse qui vaut mieux que bon nombre de récits de course détaillés. Tes deux questions finales semblent vraiment les bonnes. A toi d’y apporter TES réponses pour te débarrasser de la mauvaise pression et retrouver le plaisir.
    Place aux triathlons maintenant ?😉

  7. Michel dit :

    En lisant ton récit, j’ai l’impression de me retrouver, quelques années en arrière, lorsque le marathon était quasiment mon seul objectif de l’année… et qui se concluait par beaucoup de pression, de stress, une envie de bien faire qui se transformait finalement en ondes négatives.

    Après de nombreux échecs, je ne suis parvenu à atteindre mon but (passer la barre des 3 heures) que l’année dernière, où le marathon n’était plus ma priorité, mais une course comme les autres. Sans prépa spécifique, 3 semaines après l’écotrail, je suis arrivé sans aucun stress, aucune pression et c’est passé. Cette année, j’ai fait encore plus fort, encore plus zen et seulement une semaine après l’écotrail… c’est passé aussi

    Je suis certain que tu peux y arriver en abordant l’épreuve autrement, sous un autre angle. De même, à en ce qui concerne ta préparation, (enfin d’après ce que tu en dis) mon entraîneur m’a proposé une approche différente qui s’avère payante

    Si tu le souhaite, nous pouvons en discuter plus amplement à l’occasion

    Michel

  8. runningtkh dit :

    C’est une analyse très lucide et très juste que tu nous proposes ici, bravo pour cette honnêteté de bout en bout. Tu as désormais tout entre tes mains pour avancer autrement ! Je te souhaite de prendre encore plein de plaisir sur des courses, je ne me fais d’ailleurs aucun souci sur cette question pour toi !

  9. PhilRun dit :

    Un beau récit plein d’humilité. Je te souhaite le meilleur pour l’avenir. Et puis tu sais, tes lecteurs n’attendent rien de toi mise à part une chose: que tu continues à leur écrire…

  10. Anonyme dit :

    jp, embrasse la contrainte, accepte la souffrance ! elles sont belle, et rendent la victoire encore plus belle rien de grand n’est fait dans la facilité

  11. REDO dit :

    JP, ne te prend pas la tête avec le chrono, c’est lorsqu’on y pense le moins qu’il arrive!!! Croit moi, expérience vécu!!!
    Bise

  12. Anonyme dit :

    ou tu peut aussi ne courir que pour le plaisir. il n’y a pas de honte. mais on ne parle alors plus de chrono

  13. Coptere dit :

    Moins d’1% des êtres humains ont couru un marathon alors oui c’est une épreuve mythique. L’échec est donc permis et même plus que respectable tant le mythe est difficile à atteindre.
    Respect à tous ceux qui osent tenter ce défi !

  14. Bon j’avais fait un super commentaire mais j’ai tout perdu à cause d’un pb de connexion. En resume : le cerveau fait partie du corps et la motivation est un phénomène biologique comme la VMA … Sauf qu’on croit que c’est différent. C’est le cerveau qui contrôle en permanence la quantité d’influx nerveux envoyé aux muscles … Et qui « décide » de te démotiver si il sent que tu as un taux d’interleukine trop élevé dans le sang, marqueur de casse de fibres musculaires. Mais ça n’explique pas pourquoi tu n’y croyait pas des le départ … Personnellement ce que je ne m’explique pas, d’un point de vue biologique, c’est que la pression fasse douter. Si nos ancêtres s’étaient pris le chou à chaque fois qu’ils avaient un prédateur aux fesses, je ne serai pas la pour en parler. Donc nous avons la capacité biologique a mobiliser des ressources inhabituelles en cas de danger. Pourquoi nous n’arrivons pas a emuler cela dans une course préparée avec discipline, je ne sais pas. Ou alors c’est parce que nos ancêtres n’ont jamais été poursuivis pendant 42 bornes, ce qui pourrait être une assez bonne raison, après tout …

  15. très beau récit, cela doit être décevant après la préparation que tu as faite, mais ce qui ne tue pas rend plus fort il me semble que c’est ce qu’on dit😉

  16. L’abandon c’est tout simplement un passage obligé qui nous fait grandir comme coureur.

  17. Anonyme dit :

    Je suis passée par la également cette année puisque j’ai raté mon marathon de Paris : Les 8 semaines d’entrainements ne se sont pas déroulées comme prévu. A la 3ème semaine : syndrome de l’essuie glace sur le genou droit. Tetue, je continue en alternant séance d’ostéo, kiné + semelles orthopédiques. J’ai allégé ma prépa. Le jour du marathon à partir du 15ème km ça n’allait déja plus…. Mal au ventre et plus de jambes, au 25ème crampes aux 2 pieds + mollet gauche. J’ai voulu repartir mais abandon au 29ème devant la Tour Eiffel : la tendinite me faisait atrocement mal. Nous étions venus à 5 de Toulouse : tout le monde a réussi sauf moi…. Gros moment de solitude, et d’appréhension devant les autres…….Au final il faut relativiser : une prépa mal engagée ne peut pas donner de bons résultats tout comme le stress. Il vaut mieux abandonner qu’avoir une blessure longue et douloureuse à traiter. L’abandon fait parti du monde du coureur. Il ne faut pas baisser les bras : moi je retente un marathon fin d’année Nice Cannes !

  18. Récit très émouvant! Je ne doute pas que tu en ressors plus fort! Il faut essayer de dissocier Jean-Pierre de Jean-Pierre Run Run. En tout cas, ton sourire du weekend sur le triathlon de Cannes fait plaisir à voir!

  19. Charly POTTER dit :

    concentres toi su l’essentiel, ton plaisir! et je suis certain que tu y arriveras🙂

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