L’étape du Tour 2014 Pau–Hautacam

Publié: 25 juillet 2014 dans Récits

Le 20 juillet dernier nous étions plus de 13 000 cyclistes venues du monde entier pour relever le défi des Pyrénées. Au programme 148 km avec deux morceaux d’anthologie, le col du Tourmalet et la montée finale vers la station du Hautacam… Mais que diable un marathonien est allé faire dans cette galère ?

Etape du Tour Run Reporter Run

J’ai toujours eu la passion du vélo. D’abord comme un enfant roulant dans sa rue en essayant non sans mal de rouler “sans les mains”. Puis ado, j’allais explorer les collines environnantes en essayant à chaque fois d’améliorer mon chrono que je notais précieusement sur un carnet, l’ancêtre de Strava en sorte… Je passe ensuite à la course à pied, jusqu’à mes 18 ans ou arriva en France un sport venue des États-Unis, le triathlon ! L’occasion de renouer avec mes deux sports favoris.

30 ans après…
Aujourd’hui encore, même si le marathon est ma passion prioritaire, le vélo occupe toujours une belle place. Je mets un point d’honneur à faire régulièrement un col mythique avec la famille ou les amis. Je possède par exemple à mon tableau l’Alpe d’Huez ou le Mont Ventoux. Cette année ce sera la double peine ou plutôt le double plaisir !

Le Tourmalet et Hautacam à la loupe
Col du Tourmalet (2115 m), 17,1 km à 7,3%. Hautacam (1520 m), 13,6 km à 7,8%. Le Tour de France représente la troisième audience TV mondiale derrière les jeux Olympique et la coupe du monde football. Participer à l’une de ces étapes en avant-première et donc une fierté et un honneur. Surtout compte tenu des conditions…

Nous voilà à Pau pour quatre jours de rêve à l’invitation de Le Coq Sportif sponsor de l’épreuve. Notre Hôtel est privatisé et bénéficie de toutes les attentions dont un cycliste peut rêver. Un local dédié à la petite reine, avec un mécano à notre disposition et un « GO » grand cycliste et triathlète plusieurs fois Ironman pour nous briefer.

Etape du Tour_Le Coq SportifDemain dès l’aube…
Réveil à 4h’50 pour un copieux petit déjeuner qui devra nous tenir jusqu’en milieu d’après-midi. Notre peloton d’une trentaine de coureurs quitte à 6h précise l’hôtel en direction du départ situé à 10 km. Il fait encore nuit noire.

La grand place est structuré en 13 sas géants pouvant accueillir chacun 1000 personnes, pour un total de 13 000 concurrents. L’ambiance est mitigé dans les sas, les gens sont soit encore endormis, soit déjà dans leurs bulles de concentration ce qui ne favorise pas beaucoup les échanges.

7h15 départ de ma vague
C’est François Bayrou maire de Pau qui donne les tops des différents départs. Cela part vite, très vite. Chacun essaye de se placer. Je laisse rapidement filer Guillaume mon compagnon d’entraînement. Il est hors de question que je parte sur un faux tempo, la journée va être longue, il faut être prudent.

Les villages et les kilomètres s’enchaînent sur près de 80km servant d’échauffement avant le premier « monstre » des Pyrénées. Tout le monde se félicite, la météo est finalement clémente et douce. Mais ça c’était sans compter sur la montagne !

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Tourmalet, tout à gauche !
Le pourcentage est relativement progressif, nous démarrons par des rampes à 6% qui permettent aux jambes de s’habituer. La météo aussi est progressive ! Au fur et à mesure de l’ascension nous perdons des degrés et gagnons de la pluie. Au départ une pluie fine, pour finir au sommet par des orages impressionnants. Mon allure est régulière, je me sens bien, le braquet est simple : « tout à gauche » !

Au sommet, un grand ravitaillement nous attend. Les conditions-météo sont très difficiles, les regards sont hagards, beaucoup sont en panique. Comme ce japonais qui se demande si il va pouvoir descendre tant la visibilité est réduite et le froid intense ? Je profite des minis sandwichs à la Tomme locale et refait le plein de barre Isostar offerte à tous les concurrents.

Descente du Tourmalet, les ennuis commencent…
Le froid et la pluie sont de vrais obstacles à notre progression. Les freins sont quasi inefficaces tant il pleut fort. Mes muscles des bras tétanisent à appuyer en permanence sur les leviers. Au fur à mesure du chemin et de la vitesse, mon corps se refroidit. Je tremble, je grelotte, je n’arrive plus à contrôler mon coprs.

Au premier village croisé je met pied à terre pour attendre Guillaume. Un couple de spectateur me dit : « vous abandonnez ? ». « Non, quelle question, j’attend un ami ! » Je titube, je n’arrive même pas à poser correctement mon vélo contre un barrière. Quand mon coéquipier arrive, je lui propose de rentrer dans un bar au chaud quelques instants pour nous réchauffer et prendre un café. Il me répond : « tu déconnes ? » Non j’étais en pleine hypothermie. Je suis en détresse, je tremble, je fait peur à voir, à tel point que le patron du bar en personne propose de me frictionner le corps ? A ce moment-là, il est clair que l’aventure s’arrête là pour moi.

Vingt minutes plus tard, deux cafés et des frictions énergiques nous voilà à nouveau en selle ! Il s’est passé une lutte terrible entre mon corps et mon cerveau pour savoir si je devais repartir ou pas. C’est la tête qui a gagné.

Il reste encore 25 km de descente pour arriver au pied de la deuxième difficulté. Le retour en plaine est salvateur, nous retrouvons la chaleur (relative) et même par moment du soleil.

Le Coq Sportif, #lecoqsportifrideHautacam, dans la légende du Tour
Nous voilà au pied du second géant, le public est nombreux et forme une immense haie d’honneur comme sur les étapes de montages. Nous sommes à 13 km du sommet, à 13 km de l’arrivée à 13 km de la délivrance. Il ne peut (normalement) plus rien nous arriver. Nous allons le grimper tranquillement à notre rythme, car le pourcentage est énorme avec de nombreux passages à 10%. J’ai repris du poil de la bête, et c’est moi qui entraîne maintenant Guillaume dans ma roue car il connaît un coup de moins bien.

Le lieu, les paysages, les conditions météos, nous incitent à répéter en boucle : « nous sommes dans la légende du tour ! » Nous profitons de chaque instant et gardons les yeux grands ouverts. A quelques kilomètres de l’arrivé, un ravitaillement, je décide d’en profiter une dernière fois. Guillaume préfère ne pas couper son effort, ce qui est assez logique.

Je me remets en selle et aborde la pente, le couteau entre les dents. Désormais, chaque coup de pédale m’approche de l’arrivée. La voilà cette fameuse arche, elle apparaît dans le lointain brouillard. Elle ne paye pas de mine, mais représente l’une des plus importante à mes yeux, car elle représente 8h 03 d ‘effort, de souffrance mais aussi d’extase que seuls les sports d’endurance procurent. Guillaume est arrivé depuis seulement 3mn et m’attend avec un sourire d’enfant, ses yeux pétillent.

Retour sur terre
La particularité de cette épreuve est que le sommet d’Hautacam représente l’arrivé « sportive » mais il faut ensuite redescendre sur 10 km pour rejoindre l’arrivée « festive ». Une arche plus imposante nous attend avec un final sur tapis jaune. Une magnifique médaille nous est remise par les hôtesses. C’est maintenant la « vraie » fin et je sens un gros sanglot qui monte. Je suis envahi par l’émotion et sûrement aussi par la fatigue et laisse couler ces quelques larmes… de bonheur.

commentaires
  1. freerunner dit :

    bravo JP
    j’avais suivi ton direct
    gros défi relevé:)

  2. Boéchat Lionel dit :

    Bravo Jean-Pierre ! Je fais du vélo seulement depuis janvier de cette année et je pense que je ferai l’étape l’année prochaine ? A tes côtés ?

  3. odreville dit :

    Bravo 8h03 Perso j’ai finit en 9h30. Comme toit frigorifié dans la descente du tourmalet et obligé de m’arrêter plus de 30 mn pour le réchauffer alors que j’étais parti couvert et avec des gants d’hiver pour la descente.

  4. […] Lire aussi le récit de l’Étape du Tour : https://runreporterrun.wordpress.com/2014/07/25/letape-du-tour-2014-pau-hautacam/ […]

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