Trail de l’Yonne 2015, une course bien arrosée !

Publié: 14 mai 2015 dans Récits

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La troisième édition du Trail de l’Yonne restera longtemps dans la mémoire des 1000 traileurs qui ont pris le départ sous des trombes d’eau en ce week-end du 2 et 3 mai 2015. L’épreuve a su trouver son public, grâce au sérieux de son organisation mais également à la beauté de ses parcours qui traversent la campagne icaunaise. Nous allons découvrir le périple de Benjamin et Fanny, qui sont frère et sœur à la ville, mais qui pour l’occasion seront compétitrice et pacer.

De la boue, de la boue et encore de la boue ! J’ai envie de commencer ce compte rendu en paraphrasant Corneille. Nous partîmes 500 au départ de The Trail et nous arrivâmes…boueux et peu nombreux !

Le départ du 85kms (qui approchait plutôt des 92) était donné à 15h mais nous avons décollé avec un petit peu de retard le temps que tout le monde se positionne sur la ligne de départ et qu’on nous donne les dernières recommandations d’avant course. C’est avec grande joie que j’ai pu croiser des visages familiers et bienveillants, Carole Amargé et Emir Belkahia alias les Lapins Runners reconnaissables à leurs jolies oreilles de lapin qu’ils arborent à chaque course.

trail_yonne#2Harry Bignon, notre speaker au grand cœur était également des nôtres pour rythmer les départs et arrivées des samedi et dimanche. Nous voilà donc sous l’arche de départ, sous une pluie qui ne cessera pas de nous mouiller du début à la fin de la course (c’est là que tu regrettes de ne pas avoir emmené ton Tahiti douche avec toi). Nous partons doucement Benjamin et moi mais c’est un peu difficile de trouver un rythme, je n’ai jamais couru de distance supérieure à un marathon alors je ne sais pas trop à quelle allure courir. Je décide de courir lentement, avec des foulées économiques car la route sera longue et le but est de terminer. Le début de la course est dur pour moi car j’ai eu la mauvaise idée de déjeuner chez Mc Do une heure avant le départ et mon estomac n’ayant pas fini sa digestion me manifeste son mécontentement. Arrivée au ravitaillement du 8eme kilomètre, je ne me sens pas très bien et décide de faire une petite halte technique. J’en profite pour changer de T-shirt et resserrer mon Camel back. Je l’avais vraiment réglé n’importe comment et il ballotait dans mon dos (pas l’habitude de courir avec ce truc). J’avale deux trois petites choses à manger et nous repartons. Je me sens mieux. La pluie nous accompagne toujours. 2ème ravitaillement (à 26 kilomètres environ), la course se passe toujours bien, nous sommes bons derniers Benji et moi mais il faut gérer l’effort. Le terrain est extrêmement boueux et il est difficile de trouver de solides appuis et de ne pas glisser.

Les paysages se suivent et se ressemblent Champs de colza, champs de colza et…champs de colza tiens ! J’imagine qu’avec un beau soleil les fleurs jaunes doivent bien attraper le soleil et offrir un joli spectacle mais avec la pluie, cela m’évoque plutôt un beurre fondu peu alléchant. Je pense bien à m’hydrater et à manger de petites choses digestes entre chaque ravito, je repense à tout ce qu’on a pu me dire là-dessus et je constate à quel point c’est vrai : une bonne hydratation et alimentation tout au long de la course, même si on ne ressent ni la faim ni la soif est essentiel.

Deuxième ravito, nous sommes encore frais, les bénévoles sont d’une extrême gentillesse, ils sont vraiment aux petits soins, ça fait vraiment chaud au cœur car la pluie, la boue et les vêtements mouillés qui collent à la peau, c’est très moyen ! On entame une grosse portion de terrain, prochain ravitaillement au kilomètre 47 (il y aura entre les deux l’équivalent d’un semi-marathon, c’est beaucoup). Je me prépare psychologiquement et repense aux conseils de mon ami Romuald Thenault : pour survivre aux longues distances, il faut fragmenter la distance totale en petites portions. Je me dis donc qu’à chaque ravito, ce sera comme si une nouvelle course commençait. Cette manière de penser la course m’a énormément aidé. Au 43eme kilomètre, mon frère me dit « ça y est Frissou, tu as officiellement dépassé ta plus longue distance, tu as fait plus qu’un marathon ! » Je me sens regagnée par une énergie nouvelle et tente une petite relance, nous sommes dans un terrain de forêt en descente et la descente, ça me plait, « ché roulan » comme aurait dit Kilian Jornet avec son accent chantant.

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Le mental est au beau fixe Je suis heureuse, car je sais que notre famille nous attend au prochain ravitaillement. Nous arrivons au ravitaillement de St Julien du Sault, je suis heureuse de pouvoir changer de chaussettes, voir les sourires de la famille ainsi que des bénévoles qui nous servent une bonne soupe chaude. J’ai de la boue partout, même sur le visage mais bon, il parait que c’est bon pour la peau ! Je saurai après la course qu’à ce point de la course, beaucoup de coureurs ont décidé d’abandonner en raison de la boue, de la pluie, et du ras le bol de ces conditions pourries et comme je les comprends. C’est à partir de là que les ennuis commencent, la nuit est déjà tombée et je ressens un gros coup de mou. L’envie d’abandonner me prend, je me dis punaise, encore plus de 40 kilomètres à tenir, ça va être long. Je dis à mon frère que franchement, je ne dirais pas non à bifurquer sur le 63kms pour terminer plus vite car les chutes dans la boue s’enchainent, je ne les compte d’ailleurs même plus. Il me dit que ce n’est plus possible de changer depuis bien longtemps (je saurai plus tard que ce n’était pas vrai mais mon frère me connaissant très bien, il savait que j’avais encore les jambes de continuer). Je me mets donc à faire la râleuse, je ronchonne, je chouine et je traine la patte, je me demande ce que je fiche là.

J’arrive à me trainer jusqu’au ravito des 60ème kms, Villeneuve-sur-Yonne. Je me fais chouchouter par une bénévole qui me demande si je n’ai besoin de rien, elle remplit mon camel back de jus de pomme et me fait un sandwich au fromage que je mange avec appétit et insiste pour que je reparte avec deux tablettes de chocolat. J’ai envie de m’asseoir mais je me dis que si je m’assoie, je ne repartirai pas. En repartant du ravito, je ressens le froid et la pluie et mes jambes sont engourdies. Le prochain ravitaillement est à 14kms, dur dur.

Retour dans la forêt J’ouvre une ampoule de guarana liquide, et comme un gros boulet je m’écorche le doigt et commence à saigner, puis je me gamelle dans la boue et je me dis que c’est plutôt cool, la boue est un bon désinfectant. Encore de la boue et du colza, pour changer mais la nature m’offre la surprise de mettre sur mon chemin une salamandre jaune et noire bien dodue et un renardeau caché dans le colza, c’est l’attraction de la course ! Cherchez le renardeau dans le colza ! La forme revient doucement, je bois mon jus de pomme et grignote à chaque montée. Nous remontons plusieurs coureurs au fur et à mesure de la course comme quoi ll était judicieux de partir doucement. Plusieurs chutes et champs de colza plus tard, nous arrivons au ravito de Marsangy où nous sommes accueillis comme des héros, plus que 14kms qu’ils nous disent, divisés en une portion de 9kms et une de 5kms. Les bénévoles nous disent en nous tendant une soupe chaude, ça sent la fin, courage ! Puis ils nous regardent une seconde fois en disant « ça sent la douche aussi » car nous sommes tout crottés (surtout moi d’ailleurs car je crois que Benji n’est pas tombé une seule fois !) A ce moment-là je me dis que nous tenons le bon bout, mais tout n’est pas encore gagné, 14kms ce n’est pas rien, surtout la nuit et après tous les kilomètres engloutis préalablement.

trail_yonne#4Une belle rencontre Nous faisons connaissance au dernier ravito d’un monsieur charmant, Jacques avec qui nous passerons la ligne d’arrivée. Une superbe rencontre. Jacques nous redonne un bon rythme de marche rapide car la fatigue commençait vraiment à se faire sentir. Il nous parle de sa femme et de ses fils dont il a l’air très fier, il trouve cela très émouvant que nous partagions cet amour de la course mon frère et moi. En discutant, les kilomètres passent beaucoup plus rapidement et Jacques et Benji ont la gentillesse de m’attendre après les montées (ce n’est vraiment pas mon truc la montée, chaque pas me fait souffler comme un bœuf et la boue n’arrange rien !) Vers 6h du matin, explosion de joie, on voit poindre le jour et on assiste en marchant au lever du soleil, ça fait du bien ! On va pouvoir se débarrasser des frontales (d’autant que mes piles commençaient à être vraiment fatiguées). Dernier passage à Gron, il ne nous reste que 5kms. Ca sent vraiment la fin ! Nous croisons une coureuse absolument impressionnante qui a parcouru 85kms dans la boue…sans chaussures ! Cette femme m’inspire un immense respect, elle arrivera quelques minutes après nous à l’arrivée. La première féminine du 110kms nous dépasse également, elle arrive à courir d’un pas léger, après 110kms. Elle est extraordinaire cette femme.

Nous arrivons à Sens Après une dernière montée suivie d’une descente, nous arrivons à Sens où un jeune homme croisé sur le chemin nous dit qu’il reste moins d’1,5kms. On se regarde tous les 3 Benjamin, Jacques et moi et on se met d’accord pour passer la ligne d’arrivée ensemble. Il ne peut en être autrement. Nous passons la ligne en trottinant (histoire de dire que nous avons fini en courant mais les jambes étaient vraiment lourdes pour tout le monde) et notre speaker et ami Harry Bignon annonce notre arrivée et me dit que je fais 3éme senior féminine. J’ai envie de pleurer de joie, non seulement je suis venue à bout de tous ces kilomètres mais en plus avec un podium, mon tout premier podium ! Un immense merci à mon frère qui m’a soutenu du début à la fin sur cette aventure et a supporté mes râleries quand je voulais lâcher, à notre famille qui a été là pour nous sur le parcours alors que sous la nuit sous la pluie, ça aurait très vraisemblablement été plus sympathique de rester sous la couette, merci à Jacques qui a boosté notre fin de course par sa gentillesse et sa bienveillance.

Merci aux Lapins Runners pour leurs encouragements et pour avoir immortalisé cette belle aventure humaine avec leurs photos et leurs videos, merci à notre super speaker Harry Bignon qui nous a encouragé jusqu’au bout de la nuit et aux bénévoles qui étaient extras et merci aussi à tous ceux qui m’ont encouragé et qui ont cru en moi. Un énorme bisou à toute la TTR family !

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