Marathon de Berlin ou la renaissance d’Adrien

Publié: 10 octobre 2015 dans Récits

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Je vous ai souvent parlé d’Adrien qui tient une part importante dans ma vie. Il a rencontré cet hiver de grave problème de santé qui l’on plongé dans une paralysie partielle. Nous avons eu très peur, nous avons espéré très fort et il est revenu à son meilleur niveau grâce à son courage et son mental. Adrien, tu es une source de bien-être pour tous tes amis coureurs. Il revient pour nous sur son marathon de Berlin 2015…

Le 27 Septembre 2015 occupait depuis déjà longtemps une place très importante dans mon esprit. C’est bien simple depuis janvier le marathon de Berlin était devenu mon unique objectif sportif. Au début, mi-janvier, quelques jours après mes inflammations au cervelet je n’y pensais même pas,  à ce moment privé du côté droit de mon corps, je concentrais tous mes efforts afin de me déplacer du mieux que je pouvais à l’aide  d’une canne et de l’épaule de mon père. L’urgence était d’enlever cette inflammation à l’aide de perfusions quotidiennes de cortisone.

J’étais déjà tellement content de pouvoir marcher de nouveau
J’étais prêt à tout pour retrouver ma forme d’avant. Ma neurologue et les médecins qui m’accompagnaient au quotidien étaient très positifs quant à mon état, pour eux c’était sûr, je remarcherai, et même encore mieux je pourrai bientôt courir de nouveau. Je commence à rêver au marathon de Berlin dans 9 mois, cette course devenait mon leitmotiv, mon objectif numéro 1 pour me dire que cette maladie est derrière moi. Après tout j’étais inscrit depuis le mois de novembre dernier, je n’allais pas laisser un problème neurologique me gâcher la fête !

Pour l’instant c’était loin d’être gagné, tous mes efforts étaient mobilisés dans le simple but de faire quelques pas le plus droit possible. En février un nouvel IRM montre que mon inflammation n’est plus là, en un mois la cortisone avait fait son boulot, elle m’avait bien sur laissé quelques souvenirs comme de belles joues de hamster, des cernes énormes sous les yeux, quelques six kilos en plus sur la balance et bien sûr plus du tout de muscles dans tout le côté droit de mon corps mais, peu importe, j’étais sur la voie de la guérison.

Même si je n’avais plus d’inflammation je ne marchais toujours pas, mon grand défis du moment était de me déplacer toujours avec ma canne depuis mon canapé jusqu’à mes toilettes et de revenir, avec ces efforts j’avais fait mon sport quotidien.

La neurologue décide de passer à la vitesse supérieure
A la fin du mois de février, comme mes progrès n’étaient pas encore au rendez-vous, ma neurologue décide de passer à la vitesse supérieure. J’étais bon pour 6 jours d’hospitalisation en service réanimation pour des échanges plasmatiques. Mon moral remonte en flèche, dans quelques jours je pourrai marcher sans ma canne, je serai enfin autonome !

Avec cette bonne nouvelle mon naturel revenait au galop, je saoulais toutes les infirmières et médecins qui quotidiennement se relayaient à mon chevet. Je n’arrêtais pas de leur parler de course à pied, des entraînements sur piste et bien sûr de mon rêve de courir en septembre Berlin. Ils me prenaient sans doute pour un fou, moi qui avais l’interdiction de bouger de mon lit je leur donnais des conseils pour améliorer leur foulée et comment gérer au mieux le mur du marathon.

Après ces 6 jours de soin c’était bon, ma neurologue ne s’était pas trompée, je n’avais plus besoin de ma canne pour me déplacer. Ma sortie de l’hôpital tombait le 2 mars, le jour de mon anniversaire, très symboliquement je voyais ça comme une seconde naissance. Ne dit-on pas que nous avons deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une ?
12038973_1125039254191082_5365661649595091716_oSportivement, je repartais de zéro !
Sportivement cela était clairement le cas, je repartais de zéro et, pour m’aider à reprendre un semblant de physique je débutais un cycle de sept semaines de kiné, balnéothérapie et ergothérapie dans un centre spécialisé pour les problèmes neurologiques.

Trois fois par semaine je passais de nombreuses heures à tout réapprendre, ré approprier mon corps, retrouver de la sensibilité dans ma main droite. Pour ce faire j’étais aidé par une équipe de choc, encore une fois j’étais obnubilé par mon marathon berlinois, aucune séance ne se passait sans que je leur en parle, j’étais bien décidé à en être, surtout que pour la première fois depuis janvier il m’était recommandé de faire du sport. J’étais bien décidé à m’en donner à cœur joie.

Fin avril avec l’accord de mon kiné je reprenais le footing, quel plaisir de chausser de nouveau mes chaussures de course à pied, même si j’étais ultra lent, que j’alternais difficilement footing et marche j’étais très motivé à m’améliorer tous les jours.

Après tout, à la différence des autres patients du centre neurologique je pouvais me déplacer comme je le souhaitais, par respect pour eux je ne pouvais pas me plaindre. De plus je recevais très régulièrement de nombreux messages de soutien et d’encouragements de mes amis et bien sûr de ma famille, je n’étais pas seul dans ma reprise, loin de là.

Au mois de mai, j’étais libéré du centre de rééducation !
j’allais enfin pouvoir revenir aux choses sérieuses. Je pouvais également reprendre mon travail. Avec des horaires aménagés bien sûr mais c’était déjà tellement appréciable de servir à quelque chose. Je débute désormais à 7h30 et termine à 15h30 cela me donne du temps pour m’entraîner une grande partie de l’après-midi. Si véritablement je voulais être en forme pour Berlin je devais mettre les bouchées doubles.

En mai je rejoins le groupe de renforcement musculaire des « French Frogs ». Dès la première séance j’étais conquis par la bonne humeur qu’il régnait dans le groupe. Accompagné de mon frère Baptiste je découvrais les joies des Burpies, Trx et autres Kettlebells. C’était parti, au fil des semaines je voyais enfin de vrais résultats. Les efforts commençaient à payer, aidé par mes nouveaux coachs Aurélien et Barth ainsi sur les personnes du groupe, j’arrivais enfin ne plus terminer la séance au bout du rouleau.

Retour sur la piste aux étoiles
Au mois de juin j’avais fait assez de progrès pour reprendre la piste et retrouver mon groupe des Etoiles du 8eme. Quel plaisir après 6 mois d’arrêt d’enchainer à rythme modéré bien sur les séries de 400 mètres. La bonne humeur des étoiles me boostait et tout le monde me poussait à ne rien lâcher. Berlin était toujours dans mon esprit, je savais qu’il me restait que très peu de temps si je voulais accomplir mon rêve, alors je redoublais d’entrain. Au fil des mois je suis passé d’un simple souhait de rejoindre la ligne d’arrivée à celui de faire moins de 3 heures sur le marathon.

En Aout Olivier mon coach des Etoiles m’envoie mon plan personnalisé. L’objectif est clairement de casser le mur de Berlin ! Cette préparation marathon, je l’attendais depuis tellement longtemps, je n’allais rien laisser au hasard. je voulais que la fête berlinoise soit la plus belle possible. Je restais la tête collée au plan à suivre le plus scolairement possible les séances et les allures.

Début Aout je m’aligne sur le semi-marathon du Touquet le plan d’Olivier m’indique 1h27min30 secondes et, je passe la ligne en 1h26min15. Mes doutes quant à ma forme physique s’envolent d’un coup, mon moral monte en flèche, mon rêve berlinois est à ma portée !

Septembre se profile enfin
Plus qu’un mois avant la délivrance. la prépa spécifique continue son cours. Au début du mois je m’aligne sur le 10km de Lille histoire de se rassurer au mieux, je termine en 37min04. Les voyants sont au vert, apriori cela devrait bien se passer. A force de rêver de la porte de Brandebourg  je vais enfin y être, enfin concrétiser toute cette abnégation depuis presque 9 mois. Surtout je vais enfin arrêter d’ennuyer tout le monde avec mon marathon.

Arrive le 27 septembre, le réveil comme toujours est compliqué mais, je suis ultra motivé pour prendre un plaisir fou durant toute la course. Gâteau sport bio noisette englouti et déjà il faut se presser pour rejoindre le départ. Avec Baptiste je me retrouve a longer tous les sas des coureurs pour retrouver enfin les consignes, c’est la foire d’empoigne, il faut jouer des coudes pour se frayer un chemin parmi les nombreux coureurs. 5 minutes avant le coup de pistolet je rentre enfin dans mon sas C, il était temps. Je retrouve les deux Laurent et Thomas de la Boost Jaures, je leur annonce mon souhait de faire 2h55 (histoire de réussir une qualification directe pour Tokyo en 2016) mais même moi j’ai du mal à croire à un tel chrono, après tout, pourquoi ne pas tenter un coup de poker ?

Aller c’est parti, surtout ne pas partir trop vite
Ne pas griller ses forces avant le 35 kilomètre, je sais que j’ai beaucoup d’amis scotchés a leurs ordinateurs pour nous suivre sur le live, il ne faut pas que je les déçoive. La densité de coureur rapide est très impressionnante à Berlin, je n’arrête pas d’essayer de me freiner, mais rien à faire, je suis comme happé par la masse de coureur qui me pousse à courir vite. Je ne stresse pas je sais que je vais me réguler, que les prochains kilomètres vont m’aider à mieux trouver mon rythme.

Pour l’instant je suis ultra concentré, je profite de tous les instants de la course, je profite des encouragements des très nombreux spectateurs, du temps radieux qu’il y a ce jour-là, du profil très roulant de la course, je suis tellement heureux d’être la !

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Je passe le 10eme kilomètre en 40min31
je suis trop rapide mais je n’arrive pas à ralentir l’allure, je tiens le coup, tout va bien, une fois le 10eme kilomètre passé je trouve enfin des espaces pour courir à mon rythme et enfin de réguler, je passe en 1h05 au 15eme kilomètre puis 1h26min29 au semi-marathon, le rythme heureusement à bien baissé, je suis encore trop rapide mais rien à voir avec mon début de course. Je vois de nombreux amis dans les spectateurs, j’ai l’impression de courir à la maison c’est fantastique ! Mes sensations sont géniales, mes séances bihebdomadaires de renforcement musculaires avec les french frogs montre leur utilité, mon rythme est contant, je ne bouge pas d’un poil, tout va bien. Je passe au 25eme kilomètre en 1h42min puis au 30eme kilomètre en 2h03min57 (environ 04min13 par kilomètre durant ces 5 kilomètres) si je veux réussir ma qualification de Tokyo il va falloir que je monte l’allure. Le cerveau pour une fois était d’accord mais, mon ventre ne l’entendait pas de cette façon, des soucis gastriques me forcent à m’arrêter quelques secondes au 37eme kilomètre.

Je repars tel un boulet de canon
Après ce bref arrêt technique je repars tel un boulet de canon, moi qui pensais que cet arrêt me couperait le rythme, il n’en est rien je passe en 2h46min au 40eme kilomètre. Je retrouve mon groupe en quelques foulées et je me paye même le luxe de les doubler. La fin est proche, j’ai mis depuis quelques kilomètres mon cerveau en mode veille, je compte sur le publique pour me porter, je ne regarde plus ma montre et très vite sans même m’en rendre compte je passe la porte de Brandebourg, ce moment je l’ai fait des dizaines de fois dans ma tête, lors de mes footing dans le bois de Vincennes, depuis 9 mois cette porte symbolise ma reprise de la course à pied, la fin d’un passage compliqué de ma vie, mes yeux sont embrumés lorsque je la passe, je suis en transe, je passe les deux derniers kilomètres à 15km/h jamais je n’ai eu de telles sensations sur un marathon, jamais je n’avais réussi a aussi bien gérer mon rythme. Je passe la ligne d’arrivée en 2h55min42. Je saurai plus tard que pour 42 secondes je loupe mon dossard direct pour Tokyo mais ce n’est rien pour l’instant je suis aux anges, j’ai un sourire norme lorsque je croise JB sortir de la tente médicale comme un avion. Il vient me féliciter. Je suis à deux doigts de m’écrouler en larme dans les bras mais je tiens le coup et je fais le mariole devant les photographes. Je suis tellement soulagé, tellement heureux que cette course se soit bien passée. Mes pensées sont confuses, je pense à des tonnes de choses en même temps, je pense à mes amis qui me regardent sur le tracker, je pense à ma famille qui supporte mes délires de marathon depuis si longtemps, à tous les amis qui m’ont envoyé tellement de messages de soutien depuis le mois de janvier, je pense à tous les médecins et infirmières, kiné et autres spécialités qui m’ont aidé à reprendre la course. Je pense aux étoiles bien sûr, aux Frogs, j’ai envie que ce moment dure le plus longtemps possible.

Cette course était très importante pour moi !
j’ai essayé de me préparer au mieux pour vivre l’évènement du mieux possible, j’ai des tonnes de choses à perfectionner afin de faire un meilleur chrono mais je suis ravi d’avoir relevé le défis marathon. Clairement 9 mois de préparation c’est beaucoup trop long, j’espère que c’est la seule et unique fois ou mon cerveau m’oblige ce genre de prépa. Au niveau santé je vais bien, je me rends une fois par mois pour une perfusion de Tysabri, je continue de raconter mes histoires de marathon aux médecins et infirmières qui continuent de me prendre pour un fou (ou pour un passionné c’est au choix). La veille de notre vol pour Berlin j’ai fait mon IRM de contrôle et finalement celui-ci était négatif, il n’y avait pas eu de nouvelles activités dans mon cerveau depuis le mois de février. En prenant les résultats je glisse au radiologue que cette IRM est une bonne nouvelle pour mon Marathon de Berlin qui se déroule dans deux jours ; il me demande alors si j’y vais en spectateur, et non je lui réponds que c’est en tant que coureur que je me rends à Berlin, je me rappelle de sa tête à ce moment-là … pour lui je suis un fou.

commentaires
  1. Abdellah dit :

    Merci Adrien pour ce récit émouvant. Ton histoire est une source de motivation pour tous les Runners et tous les malades qui luttent pour retrouver une vie normale. C’est un honneur et une chance de connaître un championschampion comme toi, tu a toujours su garder la foi et le sourire et encouragé les autres à se battre pour concrétiser leur rêves même quand tu étais affaibli . Force et honneur cher ami, continue à viser les étoiles !

  2. gryson dit :

    Toujours plus émouvant tes récits.
    Tu écris tellement bien!
    Bravo pour cette belle et aventure et ce fabuleux chrono !
    Bisous !
    Céline

  3. coptere dit :

    Énorme Adrien ! Je me suis régalé de cette savoureuse et brillante renaissance ! Une très belle leçon de vie, de courage, d’envie et de plaisir. 3 fois bravo et 3 fois merci 😉
    Et puis ces 42 secondes doivent correspondre exactement à la dose qu’il faut pour se lancer de nouveaux défis vers de nouvelles victoires personnelles 😜

    • Merci encore et toujours à Adrien, en lisant tes lignes j’ai la chair de poule … je ne peux m’empêcher de regarder, voir même de « comparer »… et je me dis sincèrement je n’ai pas le droit d’être ou d’enfiler mon costume de Caliméro. Merci pour cette vraie leçon. Ne jamais rien lâcher; c’est toujours ce qui te caractérise… ta motivation, tes encouragements, quoi qu’il arrive tu as toujours cette force en toi qui te fait continuer. Merci d’être toujours là, merci de nous donner ce bel exemple en tout humilité. Tu es vraiment exceptionnel. Merci

  4. Gérard dit :

    Bravo Adrien, tout simplement, un super reportage pour un remarquable Runner !! Tu déchires Adrien, fonce !!!!

  5. Nicolas dit :

    Chapeau.
    C’est un sacré retour, j’imagine la tête des médecins.
    Tu as une sacrée volonté.

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