Ultra Trail du Mont-Blanc en mode OCC

Publié: 7 septembre 2017 dans Récits

Avant de débuter ce récit, il faut décoder cet acronyme OCC. Il s’agit des trois villes principales qui jalonnent ce parcours de 57 Km avec 3500 m de dénivelé positif à savoir : Orsières en Suisse, Champex et une arrivée à Chamonix, la capitale mondiale du Trail-Running.

Quelle année 2017, elle restera dans ma mémoire comme l’année du « long ». J’ai eu en avril l’Ultra Run Raramuri avec ses 180 Km, en juillet l’Etape du Tour qui comporte également 180 Km et pour clôturer cette saison 2017, le rendez-vous était pris au « sommet mondial du trail » à Chamonix en cette fin aout.

Le choix se porte sur l’OCC

Il faut le savoir, l’UTMB est le nom du trail le plus célèbre au monde, mais également celui de l’ensemble des épreuves. Durant ce festival de la course en montagne, on dénombre les courses suivantes :

  • OCC : 57 Km avec 3.500 m de D+
  • CCC : 101 Km avec 6.100 m de D+
  • TDS : 119 Km avec 7.200 m de D+
  • UTMB : 171 Km avec 10.000 de D+

Pourquoi avoir choisi l’OCC ? Tout simplement car je considère que je suis encore un « débutant » en trail et qui plus est dans la course de montagne. Il y avait pourtant au Mexique le triple de dénivelé, mais je ne considère pas les canyons comme de la montagne. Les chemins, la végétation et surtout le climat sont plutôt stables. Vous savez dès le départ que vous aurez très chaud la journée et très froid la nuit. Vous vous équipez en conséquence. En montagne et à fortiori autour du Mont Blanc, vous pouvez avoir les quatre saisons dans la même journée. Dans notre cas, ce fut une pluie sans discontinuation, ce qui ne va pas arranger mes affaires. La distance de 57 km me sembla donc bien suffisante pour cette première.

Une équipe de choc

Je découvre au fil des mois de préparation que Chamonix, à la fin aout, est « the place to be ». La plupart des amis trailers, journalistes, blogueurs, marques seront du voyage. Pour ma part, j’ai l’honneur de faire partie de la team Garmin depuis de nombreuses années. C’est avec mes camarades que je connais de longue date, que nous affronterons cette épreuve. Au sein de cette équipe, les niveaux sont très différents, idem pour les expériences. Je fais figure de « jeune premier » avec mon cv quasi vierge. Certains sont finishers des plus grandes épreuves.

Chamonix, le sommet mondial du trail

La petite ville est toute entière dédiée durant cette semaine aux sports outdoors et plus particulièrement au trail. Dans les rues tout le monde cours, s’habille en sport et boit des bières… Bref, Chamonix la capitale du cool. En marge des courses se tient un salon ou sont présentes la quasi-totalité des marques.

Ma course

Le départ de l’OCC est à 8h15 à Orsières en Suisse. Des navettes nous y mènent au départ de Chamonix. J’ai la malchance de prendre la première. Ma convocation est à 4h 45 du matin sur le rond-point situé à la sortie de la ville. La guigne continue, puisque je suis seul de toutes mes connaissances à prendre ce bus. Ce sera une heure entre somnolence et méditation.

 

OCC_2017_03

Pour le petit déjeuner, il faut être un fin stratège. Si tu déjeunes à 4h du matin, avant de partir, tu auras digéré et brulé toutes les calories avant le départ. Je fais le pari de déjeuner en Suisse pour une heure d’arrivée estimé à 6h. Cela me laissera 2h15 pour digérer. Ce fut la meilleure solution.

Comme avant chaque course, je m’interroge sur mon état de fraicheur et de préparation. J’ai suivi depuis le début d’année le coaching de Jean-Baptiste Wiroth de WTS Coaching et le travail fonctionne à merveille. Je suis serein sur cette nouvelle épreuve.

La tactique est assez simple, je pars et essaye de suivre au maximum mon « mentor » Vincent Gaudin. Nous quittons le petit village d’Orcières à 8h15 sous une pluie fine. De nombreux spectateurs sont présents pour nous encourager. Les « petits suisses » ont quittés quelques instants les bancs de l’école pour former une haie d’honneur très émouvante.

Nous essayons de partir vite pour éviter les « bouchons », en trail, les chemins sont étroits et il est rapidement impossible de dépasser. Nous effectuons une boucle sur le bitume autour du village, histoire d’étirer le peloton. Lorsque survient la première difficulté, nous sommes plutôt bien placés mais malgré cela nous sommes épaules contre épaules.

Je n’utilise pas les bâtons dans la première partie car je trouve cela gênant pour les autres concurrents. Mais l’utilisation de ces accessoires et très utile que ce soit dans la montée ou en descente. Je ne pourrais désormais plus me passer de ceux-ci.

Premier ravitaillement : Champex

Nous avons accompli seulement 10 Km et 450 m de D+ et nous voilà sur le premier stand. J’attrape un verre de Coca et file vers la sortie. J’ai dans le dos deux litre d’eau ce qui devrait me permettre d’être autonome sur une bonne partie du parcours. J’informe Vincent que je fais une pause pipi et ce sera la dernière fois que je lui adresse la parole sur la course.

Nous basculons sur la première descente, je vois au loin mon mentor, mais ne parvient pas à le rattraper. L’écart se creusera davantage dans les parties techniques. Je vais désormais être seul face à mon destin. Pour être honnête, je n’ai pas de soucis à parcourir de longues distances et de longues heures seul. Je laisse mon esprit « vagabonder » et le temps passe plutôt bien au final.

Nous arrivons sur la première difficulté la montée de La Giète. Une ascension de 700 m de D+ qui sera le premier juge de paie. Désormais le peloton est bien étiré et nous pouvons courir plus librement. Je passe cette « bosse » sans difficulté, les entrainements et renforcements musculaire répondent présent. Je double un maximum de concurrents.

Les descentes, un vrai calvaire…

Autant je me débrouille dans l’effort positif, alors que pour les descentes c’est un véritable problème. Nombreux sont les concurrents qui en profitent pour « lâcher les chevaux » et descendent comme « des balles ». J’ai une lecture du terrain qui est assez compliqué, je dois faire attention ou je pose mes pieds et freine en permanence ce qui entrainera une surchauffe de mes quadris. Je dois me faire à cette idée : je ne suis pas bon en descente ! Il va falloir composer avec ça et continuer à apprendre pour la suite.

Catogne la mi-course

Nous sommes à la moitié de la course et le sommet de Catogne symbolise le retour sur le territoire français. Stratégiquement, j’avais découpé la course en trois cols, j’ai passé désormais deux d’entre eux. Je suis bien, je continue mon bonhomme de chemin. La prochaine difficulté sera le col de la Flégére qui surplombe Chamonix.

Nous arrivons sur le Col des Montets qui malgré la pluie et les nuages nous offre des paysages magnifiques. Pas de doute, la montagne ça vous gagne ! Je reste prudent réservant mes forces pour la dernière bosse.

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Dernière difficulté, La Flégére

Nous sommes désormais beaucoup moins nombreux sur les sentiers, le peloton est étiré, et par moment je suis seul ce qui donne une dimension « aventure » à cette balade. Le village de l’Argentière nous accueille avec ferveur, il y a un public nombreux et bruyant ce qui après ces heures de retraite dans les alpages et bienvenue.

Je profite de ce ravitaillement pour manger les fameux TUC et saucisson si chers aux trailleurs. Une fois de plus, je passe un minimum de temps sous cette tente, j’attrape à la volé quelques tranches de charcuterie et une poignée de TUC que je mange en marchant. Je ne me serais au final jamais arrêté complètement. Cette stratégie sera au final payante.

La dernière difficulté : le col de La Flégére, une ascension de 5 Km avec 700 m de D+. Nous pouvons la découper en deux parties. Une première partie dans les Mélèzes assez technique avec de nombreux lacets, puis des pistes de ski à remonter sans difficulté, mais avec un fort pourcentage. Dans ma tête, chaque pas, me rapproche de l’arrivée. Je ne lâche rien malgré la fatigue et la lassitude.

Une grande descente et c’est l’arrivée

J’atteins le sommet ou souffle un vent glacial sur mon corps détrempé. Mon visage s’illumine d’un grand sourire, j’aperçois dans la vallée Chamonix. Nous sommes à 8 km de l’arrivée, une longue descente sans grande technicité nous rapprochera de la ligne d’arrivée. Comme depuis le début, je ne prends aucun risque et laisse passer les concurrents plus rapide pour ne pas avoir de pression sur les « single tracks ».

Retour sur le bitume

La dernière partie est sur le goudron, je suis dans mon élément. Je suis heureux, j’entends la sono du speaker et les vivas de la foule. J’agrandis ma foulée et gagne en vitesse. Je réalise que j’en ai encore pas mal sous le pied.

L’arrivé dans Chamonix me galvanise, les spectateurs sont nombreux et chaleureux. Je suis boosté par un cocktail à base d’adrénaline et d’endorphine. J’aperçois la ligne au bout de la route. Bizarrement, je n’accélère pas, je veux savourer les derniers instants. Le bruit est assourdissant, le speaker hurle, mon nom s’affiche sur l’arche. Cet instant est magique !

Mes amis Vincent, Sébastien et Greg sont présents pour m’accueillir, cela fait chaud au cœur. Je fais désormais partie de la famille des « ultras ». Je réalise que je viens de parcourir 57 km et courir durant 9h 34, ce qui n’est pas rien. Greg me tend une bière, que je refuse dans un premier temps, puis sirote avec plaisir. Quelle journée !

Au final, je suis moins épuisé qu’après un marathon, mes jambes me portent toujours, la gestion d’effort et les intensités sont vraiment différentes. Mais il ne faut pas chercher à comparer. A cet instant, je m’interroge sur la suite de ma carrière de trailer. Serais-je de retour l’an prochain et sur quelle distance ? La logique voudrait que je choisisse une distance plus longue comme la CCC et ses 100 Km. Mais je n’arrive pas à me projeter, je suis saturé. Pour le moment, je n’ai plus envie de courir, juste de souffler et partager mon bonheur avec les amis. C’est ça aussi l’esprit trail !

Mon équipement pour la course

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